Eure - Christian Girault
Eure

Minéral, végétal, animal, humanité, lumière, conscience, esprit : ils sont les sept degrés de la création. Ils peuvent engendrer des jardins festonnés ; inspirés et vastes, ils paradent au château du Champ de Bataille. La famille d'Harcourt remonte loin dans les annales normandes. Au château aujourd'hui, les grands arbres sont de remarquables seigneurs paisibles. Chevalier, Herluin vint déposer une abbaye. Autour, l'esprit normand a déployé les colombages du Bec-Hellouin, village charmeur. A Pont-Audemer, c'est la Risle qui vient baigner la ville de petits canaux, et la fin de journée vient y luire.
Vieux-Port observe la Seine avec des yeux de chaumière. Le pont de Tancarville la franchit et s'échappe du département.
La hêtraie est vaste et profonde ; en son coeur, se développe l'âme de Lyons-la-Forêt. La localité m'appelle, brumeuse de la fin de pluie, solaire retrouvée. C'est une belle normande, où le cinéma inspire le souvenir d'Emma Bovary : Jean Renoir, Claude Chabrol ou, plus récemment, Anne Fontaine. Le galbe resserré de la Seine accroche la rive bucolique des Andelys ; postée en relief, attenante, trône la fierté intemporelle de Château-Gaillard, abrupte forteresse circulaire voulue par Richard Cœur-de-Lion. Similaire édification, une construction tout aussi brutale, souhait de Guillaume II d'Angleterre, veille sur les siècles de Gisors.
A Giverny, on vient principalement pour l'univers de Claude Monet. Et l'on vient nombreux, dès l'ouverture. Du Japon notamment. La visite de la maison du peintre est presque étouffante, tant l'on se serre. On récupère un peu d'oxygène aux jardins fleuris du Clos-Normand. Au bassin des nymphéas, on est comme imergé dans une toile du maître. « Vernon toujours vert » : avec l'humidité ambiante, la devise de la ville est d'actualité, en bord de Seine, alors que le Vieux-Moulin s'avance timidement sur les vestiges d'un pont médiéval.

(Ces photos sont datées de 2019)


Mineral, vegetable, animal, humanity, light, consciousness, spirit: these are the seven degrees of creation. They can generate scalloped gardens; inspired and vast, they paraded at the castle of Champ de Bataille. The family of Harcourt goes back far in the Norman annals. Nowadays, the large trees that are the remarkable and peaceful lords of the castle. Knight, Herluin came to leave an abbey. Around, the Norman spirit has spread the half-timbering of Le Bec-Hellouin, charming village. In Pont-Audemer, Risle bathes the city with small canals, and the end of the day comes here to shine.
Vieux-Port observes the Seine with thatched cottage eyes. The Tancarville bridge crosses it and escapes from the department.
The beech forest is vast and deep; in its heart, it develops the soul of Lyons-la-Forêt. The locality calls me, misty of the end of rain, sun found again. It is a beautiful Norman, where the cinema inspires the memory of Emma Bovary: Jean Renoir, Claude Chabrol or, more recently, Anne Fontaine. The narrow curves of the Seine hugs the bucolic shore of the Andelys; posted in relief, adjoining, officiate the timeless pride of Château-Gaillard, steep circular fortress wanted by Richard Lionheart. Similar edification, an equally brutal construction, wish of William II of England, watches over the centuries of Gisors.
In Giverny, we come mainly for the world of Claude Monet. And there are many, from the opening. From Japan in particular. The visit of the house of the painter is almost stifling, so much one closes. A little oxygen is recovered from the flowered gardens of Clos-Normand. At the basin of the water-lilies, one is as if immersed in a master's canvas. "Vernon always green": with the ambient humidity, the motto of the city is topical, along the Seine, while the Old Mill is timidly advancing on the remains of a medieval bridge.

(These pictures were taken in 2019)